Voitures

Depuis 75 ans, Ferrari perfectionne le concept de conduite à ciel ouvert
Texte : Jason Barlow
Film: Rowan Jacobs

Quelle est l’étymologie du mot spider ?

Parfois orthographié avec un « y », il est étroitement associé aux marques italiennes pour désigner une voiture décapotable, même si la lettre « y » n’existe pas dans l’alphabet italien.

Quoi qu’il en soit, le terme est antérieur à la voiture et puise ses racines dans le « spider phaeton ». Ce type de calèche allégée était destiné aux sorties en ville ou aux activités sportives plutôt qu’à un usage touristique et n’offrait qu’une protection rudimentaire contre les agents climatiques. Les experts remarquèrent d’ailleurs que ces véhicules avaient une forme d’araignée sur leurs roues grêles…

La 166 Inter a été la première voiture de route Ferrari à toit rétractable

Le concept survécut et se développa pour donner naissance à des voitures plus innovantes et voluptueuses. La toute première voiture de Ferrari, la 125 S, était une barchetta (petit bateau) de course. Ce nom et ce format ont été repris à l’occasion des premières 24 Heures du Mans de la Maison en 1949, lorsque Luigi Chinetti remporta la course au volant de la 166 MM.


Avant la fin des années 40, la 166 Inter, la première voiture GT de route de Ferrari, s’était enrichie d’une version Spider conçue par les Stabilimenti Farina. C’est à la suite d’un fameux rendez-vous à mi-chemin entre Modène et Turin qu’Enzo Ferrari accorda, en 1951, à la carrosserie Farina de Turin les droits exclusifs du « style » de ses voitures.


La première de ce qui allait devenir la collaboration créative la plus fructueuse de l’histoire de l’automobile fut une 212 Inter Cabriolet…

Regardez 75 ans de conduite à ciel ouvert de Ferrari

Beaucoup d’autres voitures suivront, souvent à la demande de clients riches voulant profiter de la belle saison. Certaines se faisant légèrement plus discrètes par rapport aux standards Ferrari, par exemple les 400 et 410 Superamerica, d’autres se montrant plus raffinées comme le cabriolet 250 PF.


La Spider la plus célèbre de Ferrari est certainement la 250 GT California, un modèle né sous l’impulsion de l’Américain Luigi Chinetti, confident d’Enzo Ferrari, et de John von Neumann, l’importateur de la Maison sur la côte ouest, tous deux désireux de créer une voiture ouvertement sportive. Deux versions font alors leur apparition : une voiture à empattement plus long basée sur le Tour de France, et en 1960, une voiture plus courte qui s’inspire de la 250 GT passo corto. 

Plutôt que de se rétracter, la 308 GTS de 1977 a utilisé un toit amovible vu pour la première fois sur la Dino 246 GTS de 1972

À la fin des années 60 naquit la glorieuse 365 GTS/4 Daytona Spyder – avec un « y » – dont la carrosserie était l’œuvre de Leonardo Fioravanti de Pininfarina. Ferrari et les créateurs de Scaglietti durent fournir des efforts considérables pour convertir cette forme historique : il fallut de nombreux nouveaux panneaux de carrosserie, un nouvel encadrement de pare-brise, un couvercle de coffre ainsi qu’un châssis renforcé pour augmenter la rigidité structurelle perdue en raison de la suppression du toit. 


Entre-temps, le sens de l’innovation de Ferrari se manifesta à travers l’introduction d’un panneau de toit amovible sur la Dino 246 GTS de 1972, une manière intelligente d’apporter de l’air frais dans les limites imposées par la configuration à moteur central. Le châssis fut renforcé sur les côtés et à l’avant du bâti-moteur, avec des renforts ajoutés à l’arceau de sécurité. 

 

La 812 GTS peut déployer son toit à des vitesses allant jusqu'à 45 km/h

Le même concept fut adopté sur la 308 GTS de 1977. Le Mondial Cabriolet de 1983 intégra avec succès un toit ouvrant et quatre places ainsi que toute une série d’améliorations structurelles obligatoires. La 348 Spider fut lancée en 1993 : elle était le premier cabriolet deux places de Ferrari depuis la 365 GTS en 1969. Le modèle suivant, la F355, était disponible dans les versions berlinetta, GTS à toit Targa et Spider. Elle abandonnait les montants arrière emblématiques de la GTB, mais s’équipait d’un toit pliant en toile ingénieusement intégré. 


Le modèle suivant était encore plus ingénieux. La 360 Modena Spider fut la première voiture Ferrari GT entièrement construite en aluminium : le design de Pininfarina ouvrait la voie à une nouvelle esthétique moderniste. Le toit se repliait en 20 secondes dans un ballet mécanique complexe de tôles et de panneaux imbriqués. Deux arceaux de sécurité placés derrière les passagers soulignaient l’importance de la sécurité, aidés par des carénages servant également à définir la forme arrière de la voiture. Puis vinrent la minimaliste 550 Barchetta et la 575 Superamerica, équipées d’un remarquable toit Revochromic, breveté par Leonardo Fioravanti, ancien chef du design de Pininfarina, et codéveloppé avec la filiale italienne du spécialiste du verre Saint-Gobain. Le toit pivote à 180 degrés sur un seul axe pour s’aligner avec le coffre ; Ferrari est allée plus loin en offrant aux propriétaires le choix entre cinq différentes nuances de couleur pour le panneau de verre d’un mètre carré, actionné par un cadran sur la console centrale. 


Zéro décalage turbo et un toit rigide rétractable qui peut être fermé ou ouvert en 14 secondes sont les caractéristiques de la Ferrari F8 Spider

En 2008, tout est devenu encore plus astucieux. Le toit de la California se composait de deux sections au lieu de trois, se repliant l’une sur l’autre avant de disparaître sous le panneau du coffre. Cette véritable prouesse d’ingénierie fut encore optimisée sur la Portofino, qui ressemble à un coupé jusqu’à ce que l’on voit son toit disparaître comme par magie. 


Bien sûr, le design Spider est revu aujourd’hui sous les traits de la F8 Tributo, et de la dernière-née, la 296 GTS. Sans oublier les séries limitées telles que la 599 SA Aperta de 2010 (80 exemplaires), la fascinante F60 America de 2014 (10 voitures) et la Sergio de la même année (seulement six unités), ainsi que sur quelques remarquables pièces uniques. La LaFerrari Aperta a suivi la F50 en s’imposant comme le nec plus ultra en matière de surcharge sensorielle et de conduite à ciel ouvert. Quant à la version Spider de la SF90, c’est la Ferrari décapotable la plus puissante jamais produite. Sans oublier les Monza SP1 et SP2, des voitures totalement débarrassées de l’idée d’un toit…